DOSSIER

Affiche

VENISE 2010 - Souffrances et beauté d'une danseuse étoile


Le Festival de Venise 2010 a fait la part belle a une série d'œuvres marquantes, qui sur fond de luxe et d'opulence, met en avant des êtres à l'évident manque d'amour.

Natalie Portman incarne la danseuse classique dans toute sa persévérance mais aussi sa potentielle rigidité, dans le nouveau film de Darren Aronofsky, "Black Swan" (le cygne noir - 09 février 2011). Désireuse de devenir la vedette du "Lac des cygnes", monté par un chorégraphe français (interprété avec distance par Vincent Cassel), elle va devoir faire face à ses propres peurs, comme à des rivales déterminées à lui nuire. Audacieuse, la caméra d'Aronofsky accompagne le corps de sa nouvelle muse, dans chacun de ses gestes, jouant de mouvements de balancier, comme de tourbillonnants effets, qu'il n'hésite pas à stopper net, pour mieux plonger le spectateur dans la recherche d'équilibre de cette jeune femme de plus en plus perturbée par un destin qui la dépasse. Sa beauté virginale, ainsi que le monde aseptisé et luxueux dans lequel elle évolue sont magnifiquement rendus, conférant à son environnement une certaine étrangeté.

Flirtant sans hésitation avec le fantastique, l'auteur interroge sur l'importance d'une solidité psychique à toute épreuve et la potentielle fragilité des danseuses (ou autres artistes) soudain projetés sous les feux de la rampe. De têtes qui apparaissent dans une baignoire, en tableau au visage mouvant, en passant par des tatouages animés, il emmène sa protégée dans un monde cruel où la technique est aussi importante que la chaleur et le naturel, et où la place de chacun se joue à chaque instant. Jalousie, auto-destruction, angoisse, emprise des autres, tout concoure à la construction d'un excellent thriller paranoïaque, où rêves et fantasmes se mêlent à la réalité. Au final, Aronofsky pose deux questions fondamentales liées à la création artistique : quelle est la capacité de chacun à se freiner soi-même dans son désir de réussite (et quelle est, du même coup, la part de réel dans son script) ? peut-on réellement fusionner avec l'œuvre, atteindre la perfection artistique, sans y laisser des plumes ? Heureusement, le cygne, qu'il soit blanc ou noir, en a quelques unes en réserve, et dans ce double rôle Natalie Portman pourrait bien décrocher un étincelant Oscar.

Olivier Bachelard

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