affiche film

© 20th Century Fox France

THE HATE U GIVE – LA HAINE QU’ON DONNE

(The Hate U Give)


un film de George Tillman Jr

avec : Amandla Stenberg, Regina Hall, Russell Hornsby, Anthony Mackie, Algee Smith


Alors qu’elle rentrait d’une soirĂ©e avec son meilleur ami d’enfance, Starr assiste au meurtre de celui-ci par un policier blanc. Lorsque son identitĂ© de tĂ©moin est rĂ©vĂ©lĂ©e, la jeune fille doit dĂ©sormais choisir : garder le silence et laisser cette affaire derriĂšre elle, ou devenir un fer de lance des protestations contre les bavures policiĂšres



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Photo film

A Starr is born !

AdaptĂ© d’un roman d’Angie Thomas, passĂ© totalement inaperçu de ce cĂŽtĂ© de l’Atlantique, mais best-seller aux États-Unis, "The Hate U Give" s’intĂ©resse avant tout Ă  la quĂȘte de la jeune Starr pour trouver sa place dans un monde oĂč les yeux sont focalisĂ©s sur son doux visage. Rien ne la prĂ©destinait Ă  devenir une attraction locale, et mĂȘme nationale, Ă  l’exception de ce prĂ©nom que son pĂšre Ă©tait fier de lui donner. La premiĂšre scĂšne montre d’ailleurs le patriarche dĂ©clamer les bonnes maniĂšres Ă  adopter ainsi que la façon de se comporter devant un policier. Simplement et frontalement, le rĂ©alisateur George Tillman Jr (qui s’était jusque-lĂ  signalĂ© avec des actionners sans grand intĂ©rĂȘt type "Faster", et des romcoms mielleuses, notamment "Chemins croisĂ©s") nous Ă©tale les maux de la sociĂ©tĂ© amĂ©ricaine, un pays oĂč un homme ne doit pas employer la mĂȘme posture face aux forces de l’ordre en fonction de sa couleur de peau. Si l’on sent que le film va traiter d’une bavure policiĂšre, le cinĂ©aste prend le temps de poser les enjeux et d’exposer ses protagonistes, renforçant l’empathie que l’on pourra ressentir et la puissance dramatique de son propos.

Lorsqu’aprĂšs une soirĂ©e ayant tournĂ© court suite aux dĂ©rapages de certains, Khalil et sa meilleure amie d’enfance Starr prennent la voiture, tout semble indiquer que la fin de la nuit sera des plus calmes. Jusqu’à ce qu’un policier leur demande de se garer sur le bas-cĂŽtĂ©, pour tirer dans le dos du garçon alors que celui-ci avait simplement attrapĂ© un peigne pour amuser sa belle. Le bruit est assourdissant, l’impact est brutal, prĂ©cisĂ©ment parce qu’il fait Ă©cho Ă  une rĂ©alitĂ© devenue malheureusement trop banale. La suite, c’est l’histoire d’une gamine qui cherche Ă  comprendre comment s’en remettre, comment rendre hommage Ă  cet adolescent tuĂ© sans raison. Doit-elle devenir une porte-parole d’un mouvement ou au contraire rester dans l’ombre, essayer de se murer dans le silence pour effacer l’inoubliable ? Refusant le film-procĂšs, le mĂ©trage se focalisera sur les tourments de Starr, dressant en creux le portrait d’un pays malade et d’un environnement oĂč les Ă©ternelles problĂ©matiques de drogue et de ghettoĂŻsation ne sont jamais bien loin. Mais ici, pas question de grossir le trait, la puissance des mots et de la tragĂ©die originelle se suffisant en elle-mĂȘme. T.H.U.G. L.I.F.E. Si l’expression est devenue un slogan pour t-shirts, c’est elle qui donne son titre Ă  ce drame poignant et engagĂ©, renvoyant Ă  une chanson de 2Pac, « The Hate U Give Little Infants Fucks Everybody ». La haine que l’on donne engendre celle des gĂ©nĂ©rations futures, finissant par tous nous abattre ; Starr, du haut de ses Ă©paules frĂȘles, osera rĂ©flĂ©chir Ă  une solution pour sortir de ce cercle vicieux.

RythmĂ©, intense, choc et mĂȘme dĂ©chirant, le film parvient Ă  transcender sa forme classique par la profondeur de ses personnages et le talent de ses comĂ©diens. VĂ©ritable rĂ©vĂ©lation du mĂ©trage, Amandla Stenberg, qui a bien grandi depuis "Hunger Games" oĂč elle interprĂ©tait Rue, est impressionnante dans le rĂŽle de cette fille tiraillĂ©e entre ses revendications politiques, sa rage et sa discrĂ©tion naturelle. Elle qui Ă©tudie dans un lycĂ©e WASP a pourtant l’habitude de jouer avec les apparences, Ă  se fondre dans des masses antagonistes, comme ses camarades de classe et ses connaissances du quartier ; sauf que cette fois, il n’est plus question d’elle, mais d’une cause plus grande. Si cette Ă©volution est autant bouleversante, au-delĂ  de la qualitĂ© du portrait dressĂ©, c’est bien en grande partie grĂące Ă  Amandla Stenberg dont il faudra assurĂ©ment retenir le nom. Quant Ă  "The Hate U Give", il s’agit de l’une des premiĂšres claques de cette annĂ©e 2019, une Ɠuvre qui embrasse totalement sa dimension fictionnelle et romanesque pour façonner un pamphlet saisissant sur les violences policiĂšres.

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