affiche film

© Paramount Pictures France

SUPER 8


un film de J.J. Abrams

avec : Joel Courtney, Elle Fanning, Kyle Chandler...

Nous sommes à la fin des années 70, dans l'Ohio, où un groupe d'amis a pour projet de réaliser un film amateur de zombies. Lors du tournage d'une scène de nuit, au sein d'une gare, ils deviennent les témoins d'un gigantesque -prétendu- accident ferroviaire. Mais au-delà des flammes et des explosions, d'étranges phénomènes se dévoilent sous leurs yeux. Seuls témoins visuel de cette scène, ils décident de passer cela sous silence. Mais très vite, des événements étranges surgissent au sein même de la ville, mêlant disparitions humaines et destructions. La recherche de la vérité devient vitale, et ces adolescents en sont peut-être bien la clef...


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Photo film

Rencontre pelliculée du 3ème type

Si un personnage comme J.J. Abrams possède autant d’admirateurs que de détracteurs (surtout depuis la fin de « Lost »), il faut quand même avouer qu’une constance de sa (courte) carrière cinématographique ou télévisuelle est une rigueur et un respect de l’œuvre adaptée (entrainant un manque d’originalité que certains lui reproches) et de ses spectateurs (car oui, on le droit d’aimer la fin de « Lost »). Que ce soit dans l’adaptation ciné de sa série « Alias » (qui renoua avec le genre espionnage à la télé), sous la forme de « Mission : Impossible – 3 », ou dans son succès inespéré d’avoir rendu la série la plus ringarde aux yeux d’un public néophyte en un monument de space opéra cool et sexy, à savoir « Star Trek », J.J. Abrams prouve bien qu’il connaît son sujet et qu’il sait comment le restituer à son public tout en respectant les bases fondatrices, en l’ « upgradant », et en le rendant accessible à une nouvelle génération. « Super 8 » son 3ème film, est de la même trempe et possède en plus tout l’amour que « J.J. » peut avoir pour le cinéma.

« Super 8 » est un retour à un certain classicisme. Fils spirituel de Spielberg, qui occupe ici la place de producteur, Abrams déploie tout son talent au service d’une histoire pleine de passion et d’innocence. Souvent comparé à tort au film « Les Goonies » de Richard Donner, en raison de la présence d’enfants au casting, « Super 8 » ressuscite les productions Amblin et se rapproche plus, de par le traitement de ses personnages de « E.T. » bien entendu, mais aussi de « Gremlins » de Joe Dante et de « Rencontres du 3ème Type » (« CE3K » pour faire court), voire de l’excellent « Stand By Me » de Rob Reiner. Ce qui prime avant tout ce sont les sentiments déployés par les personnages et non pas le contexte inhabituel dans lequel ils vont les exprimer. Interprétés par des débutants (et l’on promet à certains une carrière bien remplie), Joe, le héros courageux par amour pour la jolie Alice (Elle Fanning, vue dans « Somewhere » de Sofia Coppola et sœur de Dakota, ancienne égérie de Spielberg), Charles, le réalisateur manipulateur, et leur bande n’ont (au départ) qu’un seul objectif : tourner leur film de zombis afin de participer à un concours de courts métrages. Un événement surréaliste va bouleverser toute la région et leur petite vie, les faisant tous évoluer. C’est la force du cinéma Spielberguien que vient emprunter Abrams. Tout comme Elliott dans « E.T. », les enfants vont évoluer grâce à cet événement. Une jolie fable sur la perte de l’innocence et la prise de responsabilité, sur un futur passage vers l’âge adulte.

Abrams n’emprunte pas que le fond du cinéma Spielberguien, il en tire également une forme avouée certaine, que ce soit dans le clin d’œil référentiel amusant (la chambre de Joe ressemble à celle d’Elliott avec maquettes et posters « Star Wars », les frères jumeaux chahuteurs de Charles renvoyant directement à la famille de Roy Neary dans « CE3K ») ou dans une réalisation renvoyant à l’œuvre du barbu à casquette (la scène d’attaque de bus est toute aussi puissante que l’attaque du Tyrannosaure sur la voiture des enfants de « Jurrassic Park » et utilise les mêmes codes). Mais la force du film d’Abrams n’est pas de « copier » Spielberg comme beaucoup l’affirment, mais d’en tirer le meilleur (et les défauts : méchants effacés par rapport aux héros) pour se l’approprier.

Même si il ne possède pas de plan signature puissant telle l’ouverture de porte de « CE3K » ou le traveling compensé de « Les dents de la mer », certaines scènes subliment le métrage de par leur force (le déraillement de train surpuissant… tourné en grande partie avec des maquettes), leur finesse d’interprétation (la répétition du court métrage) et la magie qui s’en dégage (une scène finale époustouflante). Spielberg fut longtemps étiqueté par les mauvaises langues comme ne proposant qu’un cinéma enfantin et naïf (allo ! « La liste de Schindler »), alors qu’il en est le plus honnête et le plus solide artisan. Abrams pourrait en être le digne successeur en nous livrant ici son œuvre la plus sincère et la plus personnelle (on l’imagine parfaitement à la place de l’un des enfants tournant le film de zombis… qui présenté lors du générique final, vaut à lui seul la place de ciné).

Abrams nous invite donc avec « Super 8 » à revivre nos aventures d’enfants, à ressentir cette naïveté et cette beauté qui nous animaient et à vivre du grand cinéma d’entertainment. Sincère, touchant, toute une génération se retrouvera dans ce film qui plaira également à ceux n’ayant pas grandi avec « E.T. » tellement les sentiments y étant déployés sont universels. L’opposé en quelque sorte de ce que Spielberg a chaperonné il y a quelques semaines sous la coupe de Michael Bay avec « Transformers 3 », qui ne jouait définitivement pas dans la même cour que « J.J. », que ce soit à l’école… ou sur grand écran !


Super Timor(é)


Autant faire tomber le couperet dans l'instant et couper court ainsi à tous fantasmes: le dernier bébé de JJ Abrams n'est pas la neuvième merveille du monde ("Lost" étant la huitième), loin s'en faut ! "Super 8" c'est un peu "Les Goonies" accouplé avec "Cloverfield" : une bande de jeunes enfants, plus si loin de l'adolescence, qui doit faire face à une série d'événements périlleux et à une menace terrifiante. L'histoire n'est peut-être pas très originale en surface, nous évoquant ici et là les remakes de certains classiques, mais globalement cela tient la route et nous apporte son lot de nouveautés.

Sans contestes, "Super 8", c'est déjà de la haute définition, du clinquant, du lourd. Visuellement très agréable, les effets sont très réussis et les décors réalistes et impeccables. Pas de doute, on assiste à de la grande mise en scène, comme JJ sait le faire (élément nécessaire mais pas forcément suffisant pour une bonne immersion). Seule une bande son pas franchement marquante vient ternir le tableau au niveau artistique.

En revanche, là où l'on reconnaît moins la patte du maître, c'est dans l'absence de contre pieds ou de réels mystères. En effet, à l'instar d'un "Cloverfield" par exemple, où finalement rien n'est révélé mais où le mystère entretient la passion et l'attention du spectateur, "Super 8" ne laisse aucun doute, et pire, aucun doute bien trop tôt dans le récit. Si la première grosse moitié de ce dernier génère et maintient une interrogation et une tension perceptible sur notre front et à travers les sursauts dans nos fauteuils, la deuxième moitié hélas n'est plus que soupirs face à la triste constatation suivante : J.J. Abrams ne nous emmène nulle part... Si ce n'est vers quelques artefacts du passé, car on notera multitudes de clins d’œil ou références à de grandes œuvres de SF du cinéma des années 80 à 2000 (je ne donnerai pas d'exemples ici pour éviter tout spoil).

Ensuite, coté acteurs, le casting est réussi, la bande de jeunes garçons et fille (Elle Fanning) est vraiment convaincante et nous prenons plaisir à retrouver Kyle Chandler (pour tous les fans de la série "Demain à la une") qui réalise une bonne prestation.

Finalement, « Super 8 » est loin d'être une énorme déception mais laisse un sérieux arrière-goût de "Oh non, encore la même rengaine !". Pas de "Pow pow pow !", ni de "Waouuuh !" ou encore de "Unbelievable !" Certes, l'objectif d'Abrams n'était peut-être simplement pas là ; sans doute que JJ a voulu rendre hommage à la SF de son adolescence qui l'a fait rêver, mais cela n'est pas suffisant pour éviter notre désenchantement à nous, spectateur. Au delà des passages téléphonés et d'un message moralisateur proche de celui exprimé par le très mauvais "Le Jour où la Terre s'arrêta", la touche scénaristique (habituelle) de J.J. Abrams est juste manquante : le tout ressemblant plus à un bon Spielberg ! (NDLR, lui même producteur de "SUPER 8"). Le tout donc, reste soigné et se regarde avec plaisir, constituant ainsi un assez bon divertissement.

Jean-Philippe Martin

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