affiche film

© Ad Vitam

SHÉHÉRAZADE


un film de Jean-Bernard Marlin

avec : Dylan Robert, Kenza Fortas, Idir Azougli…

Zachary n’a que 17 ans lorsqu’il sort de prison, autrefois condamné pour des vols et des agressions armées. À peine sorti, il fuit ses responsabilités et le suivi régulier qui lui est imposé, en traînant dans les quartiers populaires de Marseille. Il y rencontre Shéhérazade, une jeune adolescente de son âge qui se prostitue…


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Photo film

Une certaine idée de l’indécence…

Il y a déjà deux ans, on avait dû se farcir l’abominable "Divines" de Houda Benyamina, premier film dont les velléités féministes avaient été le plus bel attrape-nigaud qui soit : entre un vomi néolibéral en guise de scénario et des clichés féminins hystéro-délinquantes en guise de personnages, la sensation de s’être fait arnaquer s’était fissa mué en colère. Rebelote totale avec "Shéhérazade", autre premier long-métrage qui repose précisément sur le même problème. Soyons clairs : on aimerait ne pas avoir à juger une œuvre de cinéma et les enjeux qui la constituent au travers du prisme moral, mais comment faire autrement quand l’œuvre en question se contente de coller au bitume du réel et de n’en tirer aucune perspective symbolique et/ou thématique capable de la transcender ? Bon courage, donc, pour trouver des circonstances atténuantes à Jean-Bernard Marlin, enjoliveur inconscient d’une jeunesse marquée par une totale impulsivité et une recherche permanente du fric facile, qui plus est quand ce cinéaste tente en plus de romantiser le proxénétisme sous couvert d’évoquer un curieux jeu de « Je t’aime moi non plus » entre une petite frappe sans relief et une jeune pute sans conscience. La ligne rouge a été franchie.

Fouillons un peu notre mémoire de cinéphile. Pour essayer d’injecter une perspective romantique un minimum tordue et subversive dans un contexte de proxénétisme, il faut s’appeler Kim Ki-duk et avoir réalisé ce grand film nommé "Bad Guy", dans lequel le filtre moral était bloqué et où l’intérêt du récit tanguait vers une autre piste bien plus tordue – en l’occurrence la relation quasi sadomasochiste entre une prostituée et son mac. Or, les personnages de "Shéhérazade" ne sont ni troublants ni complexes ni contradictoires, juste profondément bêtes et réduits à faire en sorte que chaque scène vire constamment au rapport de force hystérique, avec le parterre d’inconscience et d’insultes qui vont avec. Difficile d’être ému envers ces clichés répugnants, encore moins d’éprouver de l’empathie face à ce qui relève moins de la descente aux enfers que de la chute libre sans parachute. Il ne manquerait plus qu’une mise en scène faussement lyrique, déployant une photo cramoisie à base de lens flare abusif et de filtres jaune vomi, nous incite – en vain – à plaindre une véritable tête à claques grossière et ultra-violente, qui enchaîne à vitesse grand V les pires choix possibles moins par contrainte que par connerie, le tout dans une cité phocéenne à l’image définitivement ternie. On vous invitera plutôt à (re)voir "Marie Baie des Anges" de Manuel Pradal, dont le regard sur une jeunesse délinquante avait su faire preuve d’objectivité tout en se concentrant sur autre chose, en l’occurrence une sorte de fuite solaire vers un paradis perdu illusoire.

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