affiche film

© DistriB Films

LE PRINTEMPS DE TEHERAN

L’histoire d’une révolution 2.0


un documentaire de Ali Samadi Ahadi

avec : Pegah Ferydoni, Navid Akhavan, Dr. Shirin Ebadi...

Juin 2009, Iran. Des étudiants, épris de liberté et de démocratie, se mobilisent en vue de l’élection présidentielle qui approche. Ils rassemblent les foules et soutiennent le candidat de l’opposition Mir-Hossein Mousavi face au président sortant Mahmoud Ahmadinejad. L’espoir qu’il suscite est sans précédent et les gens vont voter pour ce changement en masse. Mais Ahmadinejad ne l’entend pas ainsi et truque les élections. Les Iraniens décident de faire entendre leurs voix dans la rue. Ahmadinejad envoie alors son armée leur tirer dessus...


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Photo film

Espoir et sang

Ce documentaire brasse les matières, les supports. Il fait appel à des images réelles, venues en général de caméras amateurs, qui retranscrivent dans une qualité médiocre la réalité des faits, et permettent de rendre ceux-ci palpables, ce qu’aucun témoignage ou article ne parviendra jamais à faire, en les objectivant de surcroît, loin des mutations inhérentes à la subjectivité des souvenirs et du ressenti. Le film nous replonge donc, autant que possible, dans l’horreur de cette histoire récente de l’Iran.

Ce documentaire fait aussi appel à des séquences animées, qui relatent des événements dont les protagonistes ont été témoins, et procède ainsi à l’exact inverse : subjectivité de la mémoire, dont on peut douter, pathos des récits émus et choqués par les faits relatés, musique douce amplifiant l’émotion. Curieusement, l’association de ces deux formes radicalement opposées fonctionne. Le récit par animation renforce, si besoin, l’humanité du propos en atténuant le côté « cours d’histoire », et à l’inverse, les vraies images donnent de la crédibilité aux fausses en assurant qu’elles relatent bien des événements authentiques, à l’instar d’ailleurs des interviews des protagonistes, qui en montrant les personnes face caméra, rendent en quelque sorte le doute sur leur vécu impossible, d’un point de vue affectif en tout cas.

Le film nous rappelle à quel point la laïcité, qui nous est si chère en France, et qui semble si incomprise dans nombre de pays du Maghreb, est fondamentale, car l’on voit bien comment le chef religieux suprême est loin d’être neutre et justifie le bain de sang de Ahmadinejad. Ce dernier montre également que son combat, car c’est bien ainsi qu’il faut l’appeler, lorsqu’il prend les armes pour tuer, est loin d’être dirigé uniquement contre l’État d’Israël. Ahmadinejad n’est pas simplement un dangereux antisémite. Il est une des plus abominables figures politiques du monde contemporain, un dangereux extrémiste, prêt à tout pour garder le pouvoir.

On est fasciné, comme c’est souvent le cas dans ce genre de contexte, par l’absence totale de rhétorique dont peut faire alors preuve un chef d’état (le chef religieux parle de toute façon pour lui), lorsqu’il n’a pour seul dialogue que les armes de ses sbires, ceci étant d’autant plus tragique qu’il ne s’agit pas d’une métaphore. Il est vrai qu’à ce titre, si contre-attaque il y a, on présume qu’elle devrait venir de la communauté internationale. Car les Iraniens ne sont plus dupes sur leurs dirigeants, mais il est trop tard et le sang tue leur action.

Le réalisateur pose justement la question : les Iraniens réclament l'aide de la communauté internationale, laquelle serait uniquement préoccupée par le pétrole et le nucléaire, et peu par les droits de l'homme, dans les autres pays. Est-ce tellement vrai ? En tout cas nous conservons le sentiment que des négociations, quelles qu'elles soient, avec Ahmadinejad, relèvent de l'impossible. Faut-il pour autant déclarer la guerre ? Vaste question. Les États-Unis se sont également fait voler l'élection d'Al Gore, événement sur lequel nous n’avons pas d’avantage pu agir. D’une manière moins radicale, la France ne peut-elle pas limiter ses accords avec l’Iran par protestation, comme le suggère le film ? Au sortir du film nous regrettons en tous cas profondément que la révolte n’ait pas atteint son but, comme ce fut le cas en Égypte ou en Lybie.

Dans le registre des petits bémols, il aurait été bien, que le film, de temps à autre, nous rappelle l'identité des personnes qui sont interrogés face caméra. En tout cas, on ressort touché de ce « printemps de Téhéran », un peu estomaqué, conscient qu'il reste tant de chemin à parcourir pour tant de peuples...

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