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© Kinovista

L'IDIOT !

(Durak)


un film de Yuri Bykov

avec : Artem Bystrov, Natalia Surkova, Dmitry Kulichkov...

Dimitri est plombier pour les services de maintenance des HLM de sa ville. Vivant avec sa femme et son fils chez ses parents, en attendant des jours meilleurs, il passe son temps libre à étudier, dans l'espoir de devenir ingénieur. Appelé pour l'explosion d'un tuyau d'eau, il s'aperçoit qu'un des immeubles menace de s'effondrer très prochainement. Il décide alors de prévenir les autorités...


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Photo film

CONTRE : 0 - Un message trop appuyé

À tellement vouloir dénoncer la corruption, ce film russe – qui démarrait pourtant très bien –, finit par noyer son bon scénario de départ, sous un déluge de dénonciations si explicites qu'elles en deviennent partiellement indigestes. Et ce qui aurait pu être un thriller tendu ne devient qu’une chronique tout juste honnête sur le dévoiement du pouvoir et les liens entre politiques et entrepreneurs. Le film a néanmoins reçu de nombreuses récompenses, dont trois au seul Festival de Locarno en 2014 (Prix jury jeune, Prix du jury œcuménique et Prix du meilleur acteur).

"L'Idiot !" annoncé ici c'est d'abord le grand-père, puis le plombier lui-même, tous deux se faisant avoir par leur volonté d’honnêteté. Car point de salut dans le sombre scénario signé Yuri Bykov, ni dans les élites (qui déballent un peu trop vite et fièrement leurs combines), ni dans les masses (trop heureuses de rester dans la crasse). Si l'interrogation sur l'état de la Russie et de ses institutions semble légitime, la volonté d'arriver prestement aux conclusions (à l'image de la révélation qu'a le héros concernant ses calculs de stabilité de l'immeuble) prime très vite sur la forme.

Ainsi, la scène du restaurant, angoissante au départ – le héros ne sait pas qu'il met les pieds en terrain hostile – tourne vite au portrait au vitriol de politiques arrivistes, avides d'argent et d'alcool. Montrés tous d'emblée comme des profiteurs frivoles, il ne peut sortir de cette situation qu'un drame, anéantissant tout suspense qui pouvait sous-tendre l'intrigue. Au vu des réactions des protagonistes de l’histoire, ainsi que de sa famille (la mère et surtout l’épouse), le film renvoie directement le peuple russe à ses propres responsabilités, stigmatisant un individualisme aveugle et une lâcheté générale dans l'acceptation de la situation. Une œuvre pertinente au rythme soutenu malheureusement trop démonstrative.


POUR : +3 - L'odyssée nocturne et sombre d'un plombier russe pour sauver 800 personnes, seul contre un système pourri


C'est une bien longue nuit qui attend Dima Nikitin. Simple plombier, sa femme et lui habitent encore avec ses parents, partageant un modeste appartement dans une petite ville bien sordide de Russie. Il est appelé un soir dans un vieux bâtiment, principalement occupé par des marginaux, des ivrognes et quelques vieillards sans revenus. La tuyauterie d'une des chambres vient d'éclater. Nikitin se rend rapidement compte que les choses sont bien plus graves que prévues, le bâtiment étant en train de s'affaisser, il est probable qu'il ne tiendra pas la nuit.

Nikitin (Artem Brystov, qui a remporté le prix du meilleur acteur au festival de Locarno en 2014 pour sa fabuleuse interprétation), cet homme simple, qui fait bien son travail, est en fait un homme d'une intégrité aussi exceptionnelle que rare et se lance dans une sorte d'odyssée nocturne, afin de réveiller les autorités (est-il besoin de préciser, corrompues) – réveiller au sens propre et figuré – et forcer l'évacuation du bâtiment et de ses 800 occupants.

Nikitin se retrouve littéralement seul contre ce système de bureaucrates pourris, le seul pour qui la vie de ces 800 laissés-pour-compte importe et vaut la peine de s'attirer l'ire d'une bande de politiciens aussi inutiles que riches. Le film surprend par sa noirceur visuelle et morale, mais aussi par son humour aussi noir que dramatique. Non sans quelques longueurs, notamment la scène du banquet, il dépeint avec réalité et précision le système bureaucratique corrompu en Russie, comment chaque politicien défend sa position et son avenir. Il nous montre les différents niveaux de corruption, dépassant largement le bureau de la mairie, et la complexité de chaque décision, chacune entraînant un possible dilemme, une prise de risque...

On pourrait reprocher à "L'Idiot !" sa noirceur : le film fait peur tant il fonctionne bien, aucune lumière, aucun espoir ne semblent s'offrir ni aux habitants de cet immeuble maudit ni à Dima et sa famille. Les acteurs sont si authentiques que l’on pourrait presque croire à un documentaire.

Stéphanie Palisse

09-12-2015

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